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De feu et de goudron

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Chronique de novembre 2019

Barbu de Ville se décrit comme étant « auteur, gars de shop, propriétaire d'une barbe et d'un chien saucisse. Papa deux fois qui, entre deux chicanes de ses enfants, écrit des nouvelles littéraires, des anecdotes, des récits et fait des podcast! »

En 2019, il est devenu campeur saisonnier au Camping Mirabel et nous fera le récit de ses histoires et de ses péripéties. Suivez-le avec nous dans cette nouvelle aventure!

Mon ami Alexandre Savard est couvreur de métier. Il est pour vous l’un de mes castors de l’escouade au camping Mirabel! J’ai eu mal à mon escouade. J’ai même pensé pour un moment que j’avais perdu mon castor, mais une fois qu’il est lancé, rien ne peut l’arrêter, comme dans l'émission de ma jeunesse à Radio-Canada.

La vie est parfois fragile. J’écris ces mots et j’ai l’impression qu’à 45 ans, j’ai rien compris de la vie, ou peut-être que j’ai besoin de faire du déni comme tous les humains que je connais. Peut-être que sinon la vie serait insupportable si on vivait toujours dans l'état d'urgence.

Mon chum Alex est un personnage en soi. Au premier abord, il a des airs rustres, mais quand tu grattes un peu, tu as accès à un gars sensible. Il est aussi impatient que moi. Un peu beaucoup comme moi quand il y a trop de monde autour, il devient un genre de personnage.

Il y a deux semaines, c'était presque le début du temps tranquille chez les couvreurs. Il était à Longueuil pour une job. Depuis l'été, il travaille avec son frère et il semble très heureux. Poser du bardeau sur un toit en pente, c'est pas une mince affaire! Il faut d'abord monter l'enfant d'chienne de bardeau en haut par une échelle. Rien à voir avec Cyrano de Bergerac, le maudit maquereau. C'est un peu moins romantique, un peu moins poétique. Je sais pas si tu le sais mais un sac de bardeau, c'est pesant.

Le matin, les gars s'habillent en p'lures d'oignons pis plus que la journée avance, plus y’enlèvent des morceaux. Septembre est probablement l'un des plus beaux mois pour faire ce métier de misère à mes yeux. Les vieux couvreurs ont toute mal au dos sans exception. Ici, je ne parle pas d'un mal de feluette. Ici, je parle du genre de mal qui t'empêche de dormir à l'horizontale. Le genre de mal qui te fait manger des pilules antidouleur comme des bonbons.

Il est autour de 10 h dans l’avant-midi, les gars sont à l'ouvrage. La « tub » à goudron est pas loin d'Alex. Il installe le bardeau comme d'autres respirent. C'est comme inné pour lui. La « tub » bouille le goudron chaud à des températures proches de l'enfer! 

Mais ce matin-là, il y a un je ne sais quoi dans l'air de Longueuil et dans la « tub »...

Un bruit sourd se fait entendre… Le goudron gicle partout en très peu de secondes. La « tub » éclate dans le visage d'Alex! Il a le réflexe de mettre ses mains devant sa face. Il brûle littéralement à vif. S’il reste sur le toit, il va mourir calciné. Notre beau Alex va retourner en poussière direct sur place..., mais c'est mal connaître notre castor de l'escouade.

Il saute du toit sans penser, par instinct de survie, par instinct de revoir ce soir sa bella Sandra, sa fille Coco et son petit Julien. Il tombe par terre, rien de brisé. Il souffre de brûlures au dernier degré mais ses vieux os de couvreur ne sont pas cassés. La peau de ses mains tombe comme de la neige folle dans ces villages de Noël enfermés dans des boules en vitre. Son visage d'un côté est couvert de goudron noir. Littéralement collé sur sa peau, fondu à même ses os. Il a été amené d'urgence au Centre des grands brûlés de Montréal. Une seconde! Oui, une seconde de plus sur le toit et je parlerais d'Alex au passé. Une seconde.

La vie est aussi fragile qu'une « tub » de goudron un matin à Longueuil.

Au final, Alex est de retour à la maison. Il devra subir une greffe de peau aux mains. Pour son côté de visage, ça reste à voir. Il a encore du goudron dans la face comme des peintures de guerre. Le guerrier des temps modernes avec des blessures profondes, une pile de bardeau sur l'épaule, beaucoup de Demerol et une odeur de goudron quand il marche.

L'homme est d'une puissance incroyable. Jadis, nous chassions le mammouth. Laisse-moi te dire que si jamais les mammouths se réveillent au fin fond de la Sibérie, Alex va être dans mon équipe de chasse avec sa massue! Nous allons bien manger à chaque soir. 

Au camping l'été prochain, je vais profiter du bon vin, des beaux feux de bois, de la bonne compagnie fois mille. Je suis conscient du beau ciel bleu qui peut nous tomber su’a tête.

Je t'aime, mon chum. On va en bâtir ensemble des barrages dans nos têtes… à l'infini!

Un peu de lecture

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